Vous n’imaginez pas quelle est ma frustration d’avoir déserté ma cuisine depuis plusieurs semaines.
Ma cuisine, mes ustensiles, mes petites préparations, mes habitudes, mes frénésies de tests culinaires, mes petits essais, mes grands ratages…
J’ai déserté mon espace et dans un même laps de temps, deux pitbulls se sont installés à la maison. Deux grosses bestioles aux larges mâchoires et aux dents pointues comme des aiguilles qu’elles ont décidé de planter dans le bas de mon dos et mon mollet droit chaque fois que je leur donne le sentiment de quitter mon canapé plus de quelques minutes…
De sacrés chiens de garde ces deux là, paisibles tant que je suis allongée mais sournoisement agressifs dès que l’envie me prend de me dégourdir les jambes quelques instants.
J’essaie pourtant de tromper leur vigilance, tentant de me relever le plus en douceur possible, sans un bruit, sans faire craquer mes chevilles qui souffrent pourtant de ce tic nerveux depuis mon adolescence, aussi lentement et aussi silencieusement qu’un félin ne souhaitant pas signaler sa présence. Je peux ensuite faire quelques pas, pensant pouvoir crier victoire et m’imaginant déjà galopant vers ma cuisine comme un enfant vers un magasin de jouets, lorsque immanquablement deux puissantes mâchoires se referment sur moi comme un piège sur sa proie.
Bien accrochées ces sales bêtes. J’en deviendrais presque grossière lorsque je sens leur étreinte se prolonger et que je n’ai alors qu’une envie, celle de leur fracasser le crâne avec une énorme marmite en fonte. L’a pas rigolé le chirurgien, lorsque je lui ai causé de mes pitbulls.
« Décrivez votre douleur… »
« Ben… Vous imaginez deux pitbulls ? J’en ai un en bas et j’en ai un en haut…Et impossible de leur faire lâcher prise… »
L’a pas rigolé le chirurgien.
Moi non plus.
Ma grand-mère maternelle disait souvent « Il n’y a pas un mal qui ne soit pour un bien »…
Il est ou le bien, là, Mémé… Tu pourrais me dire ?…
Pourtant je pense qu’elle n’avait pas tort. Hormis les pitbulls, quelques scutigères véloces ont également aménagés dans mon cerveau et ils nettoient pas mal de trucs qui encombraient depuis un sacré bout de temps… Pas très sympas non plus comme bestioles, mais vraiment super efficaces question ménage…
Je pense que je vous en parlerai… un peu plus tard…pour le prochain nettoyage de printemps…
Allongée sur mon canapé, engourdie par les cochonneries de trucs bien sur-dosés que l’on vous administre dans ces cas là, il vous reste une quotité de cerveau disponible aussi étroite que le chat d’une aiguille et les infos, lorsqu’elles passent, ne sont en général pas restituées en totalité…
En général… Sauf que la Chandeleur ne m’a pas échappée… Apparue vers 15 heures sous les traits d’un grand pâtissier venu partager une recette de crêpes au Chocolat sur l’une de nos chaînes de télé, j’ai senti que les scutigères véloces avaient eux-même baissé les armes pour quelques minutes…
Chandeleur ? Crêpes ? Chocolat ? Enfants à qui faire plaisir ? Chéri qui serait, j’en suis certaine, ravi de manger autre chose que les boites ou les surgelés que nous sommes contraints d’avaler depuis plusieurs semaines ? Rahhhh…. peux pas laisser passer ça…..
Un coup d’oeil aux pitbulls qui roupillent au pied du canapé…
Un coup de marmite à l’occasion si l’un d’entre eux fait mine de me freiner dans ma conviction qu’il est essentiel, indispensable, vital, que je prépare quelques crêpes au chocolat, même quatre, même deux coupées en petits morceaux, même si ce n’est que pour tremper mes mains dans la farine quelques minutes, même si ce n’est que pour respirer les effluves d’un bon chocolat amer, même si ce n’est que pour avoir le courage de réveiller quelques instants la balance de ménage…
L’expérience a été pour moi aussi violente qu’une épreuve des Jeux Olympiques. Ne vous marrez pas. Tant qu’on a pas eu un pitbull accroché au mollet…
Mais la recette est hyper simple à réaliser, très facile à réussir et vous pouvez aisément vous amuser à agrémenter la base avec vos petites préférences à vous, vos alcools, vos épices…
Avec les ingrédients et pesées confiées par Christophe Felder et pour une poêle antiadhésive d’environ 22 cm de diamètre, j’ai réalisé une quinzaine de crêpes… au CHOCOLAT !
- 400 gr de lait (entier) et un peu de crème liquide (entière) parce qu’on rigole pas avec ce qui est bon.
- 125 gr de farine
- 30 gr de cacao amer en poudre
- 50 gr de sucre semoule
- 1 pincée de sel
- 2 œufs entiers
Mettre la farine, le sucre, la pincée de sel et les œufs dans un grand bol, ajouter un peu de cacao, un peu de lait et mélangez au fouet vivement de manière à obtenir le début d’une pâte bien homogène.
Ajouter ensuite en deux ou trois fois et en alternant, le chocolat, la crème et le lait. Bien mélanger au fouet et si des grumeaux persistent à casser l’ambiance, faites leur passer l’envie de rigoler à l’aide d’un mixer plongeant durant quelques secondes.
Laissez la pâte reposer une bonne heure. (Pour ma part, c’était impératif. Mes pitbulls avaient passé un coup de fil à quelques copains qui sonnaient à la porte d’entrée…)
Bonjour canapé, merci d’exister, d’être là, d’avoir consenti à ce que je prépare ma pâte à crêpes avachie sur tes coussins, persuadée que vu ma position, j’allais renverser la moitié de mon précieux mélange sur ton tissu…
Yep ! Et maintenant que fait-on ? Préparer une pâte à crêpes sur canapé c’est une chose, mais pour la cuisson, ça va pas l’faire…
Et bien on embauche une fille qui aura le droit d’en manger une de plus si elle accepte d’être préposée à la surveillance des crêpes sur le feu…
Une louche de pâte dans une poêle légèrement graissée et bien chaude et lorsque ça commence à buller, on retourne. Pas trop d’attente de l’autre côté sinon on dessèche l’ensemble et ce n’est pas bon…
Très peu sucrée à la dégustation, n’hésitez pas à vous jeter sur une bonne confiture d’oranges amères, de la cassonade, une compotée de fruits rouge maison…
Et puis dans la pâte, avant la cuisson, une petite goutte de rhum…
Excellentes ces crêpes sur canapé, englouties en quelques minutes par la tribu…
Allez demain je recommence !
Chéri ?! Tu voudrais pas m’installer la cuisinière à côté du canapé ?…. Non ?… Bah…. pourquoi ?….
| © Nathalie Marinier-Julien. Textes et images régis par la licence Creative Commons |



































