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Extrait Courrier International N° 792

Par nat, mar 01 août 2006 à 01:08 :: J'ai lu et je vous en parle

Extraits de The Boston Globe.
Titre : Un peu de gentillesse, s’il vous plaît !

« J’en apprends beaucoup sur mes collègues en observant la manière dont ils traitent une personne qui nous distribue le courrier. Phil passe dans notre bureau cinq fois par jour. Ce gros homme d’environ 45 ans à l’aspect négligé travaille au Boston Globe depuis plus de vingt ans. Je pense que Phil est un autiste très bien adapté. Si j’en suis arrivé à cette conclusion, c’est parce qu’un de mes neveux est autiste ce qui me rend sensible à cette maladie.
Phil est le seul salarié à porter chaque jour une cravate, une habitude qui, paradoxalement, le fait paraître bien plus professionnel que les rédacteurs en chef, directeurs artistiques ou responsables de la fabrication. Mais son hygiène laisse parfois à désirer, et notre chef du personnel doit alors l’emmener dans son bureau pour lui dire de se brosser les dents et de se laver les cheveux. Phil obéit toujours et se présente impeccable le lendemain.
Quand il vous salue, vous avez l’impression qu’il ne vous a pas vu depuis plusieurs semaines. Il n’a jamais l’air de mauvaise humeur ou distant, comme peuvent l’être nombre de mes collèges qui passent leur temps à s’apitoyer sur leur sort. Il n’oublie jamais un anniversaire et vous offre toujours une carte ou un cadeau. Ceux d’entre nous qui font attention à Phil se réjouissent d’avoir un ami comme lui au bureau.
Un jour, je l’ai regardé livrer des colis à une secrétaire. Toujours avenante avec nous, elle ne lui a pas adressé un regard et ne l’a même pas remercié. Quand j’ai commencé à travailler pour ce journal, elle m’a dit un jour, après que Phil ait tourné le coin avec son chariot : »Je ne peux vraiment pas supporter sa présence ». Une autre de mes collègue refuse, elle aussi, de lui parler. « Je ne lui dit plus bonjour, sinon il me tient la jambe pendant des heures. Il faut faire comme s’il n’était pas là. C’est malheureux mais c’est ça ou devenir dingue ».
Il est vrai que Phil ne peut pas s’empêcher de vous raconter le dernier film ou la dernière pièce qu’il a vus. Et il ne manque jamais d’apporter un programme aux rares personnes qui veulent bien l’écouter.
Certes, un collègue peut avoir une personnalité toute autre en dehors du travail. Mais ceux qui sont toujours gentils avec Phil ne me déçoivent pas. Par exemple, il y a une femme récemment divorcée, au sujet de laquelle j’ai entendu quelqu’un dire : » elle respire le désespoir ». Je ne connais pas sa vie privée, mais chaque fois qu’elle croise Phil, elle lui donne une tape affectueuse sur l’épaule. Et puis il y a aussi notre jeune et fringant assistant d’édition, qui a passé un an dans un village péruvien à aider les habitants à creuser un système d’irrigation. Lui aussi, il a régulièrement droit à son programme.
La plupart de mes confrères sont des professionnels très civilisés. Pour autant, ils ne sont pas forcément capables de faire preuve d’empathie, ou, plus simplement de gentillesse.
Quand des candidats à l’embauche se présentent, l’entreprise ne devrait pas se contenter de vérifier leurs compétences rédactionnelles. Elle devrait peut-être aussi leur demander de s’asseoir avec Phil et de lui parler. Nous apprendrions ainsi tout ce que nous avons besoin de savoir à leur sujet. »

David Masello

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