Humeurs

Sauve…

16 juin 2020

Sauve. Comme être saine et sauve…

Comme se sauver, pour se sauver…

Fuir. Échapper…

Sauve. C’est aussi le nom du village pour lequel j’ai eu un coup de cœur il y a quelques années. Un nom porteur de toute une symbolique. Sans doute n’est ce pas un hasard.

Il est des routes que l’on emprunte parfois sans percevoir le danger qui nous attends. On se trompe de chemin. On y fait des rencontres amères, de celles qui vous respirent, vous jaugent, se nourrissent de ce que vous êtes. Votre sensibilité, votre naïveté, l’empathie qui vous caractérise. Tout autant que vos doutes, vos carences, vos blessures et vos failles… Vous devenez une proie.

Pour peu que vous ayez quelques talents personnels et que vous soyez riche d’une âme tendre, vous devenez un objet de convoitise, auprès duquel un bourreau  peut aisément se narcissiser.

A ses côtés, janvier vous rend beau ou belle. Unique. Merveilleux(se). Et vous, si avide de l’entendre et d’y croire, croyez avoir trouvé celui ou celle qui saura vous aimer.

Mais février vous abandonne.

Mars, avril, mai et juin vous terrassent alors de chagrin, de solitude et de questionnements où vous perdez jusqu’à la plus infime parcelle de votre être. Vous remettez en cause les racines de ce qui vous compose. De haut en bas. De bas en haut.

Juillet et aout vous ré-abordent. Vous le ou la retrouvez…

Vous oubliez. Vous y croyez. Mais c’est pour mieux vous faire douter. Chaud, froid, ça souffle à vous faire perdre la tête. Vous ne savez plus ce que vous entendez ou ce qu’il faut comprendre des mots que l’on vous dit, entre pardon, souvenirs et regrets. Jusqu’à ce que l’on vous serve un bouillon de morale où vous n’êtes  qu’un objet triste en manteau de faiblesse et vous ne méritez à nouveau plus d’être aimé(e)…

Vous ne savez plus qui est l’autre. Qui il ou elle a été. Vous ne savez plus qui vous êtes vous-même. Broyé(e). Terrassé(e).

Il ou elle garde ainsi le pouvoir, empli de de l’amour ou de la confiance que vous lui avez témoigné. Il ou elle se moque de vos états d’âme. Blessure. Chagrin. Souffrance. Ce qu’un bourreau laisse derrière lui auprès de vous l’indiffère. Seul ce dont il se sera nourri méritera de compter…

Ami, Amour, Amant, Parent, peu importe celui ou celle qui se joue de vous. Peu importe qu’un temps vous ayez cru à des paroles, des serments, des promesses. Peu importe que vous ayez aimé. Intensément. Follement. Sauvez-vous…

Car il ne peut y avoir de salut sur le chemin des manipulations perverses où celui ou celle qui vous fait du mal se joue de votre douleur pour mieux supporter la sienne…

Le film « Mon Roi » de la réalisatrice Maïwenn évoquait en 2015 ce sujet avec une justesse bouleversante. Je l’ai revu il y a quelques jours et c’est ce qui m’amène aujourd’hui à venir en parler sur cet espace, comme un droit de parole.

 

Cette version cinématographique d’une forme de perversité (narcissique) au sein du couple m’a profondément touchée, même si « Mon roi » témoigne, de mon point de vue, d’une perversion inconsciente où l’amour a sans doute eu sa place.

On peut y croire.

Comme on peut en douter.

Mais il n’y a pas de mécanisme absolu et les profils, les espaces où se jouent ce type de danse froide peuvent être très différents. Familiaux. Professionnel. Amoureux. Ils peuvent être beaucoup plus destructeurs car silencieux, se développant toujours dans l’ombre de l’intimité…

L’intention d’un(e) pervers(e) narcissique est de se nourrir de sa victime, de sa richesse intérieure, de sa sensibilité, de sa générosité, tout en la dévalorisant, la faire douter d’elle-même jusqu’aux portes de la folie, la persuader qu’elle n’est rien (ou si peu), batailler pour l’en convaincre et peu à peu l’isoler pour finir par la rendre coupable…

Ce qui ne fonctionne pas dans le couple (ou dans la famille lorsqu’il y a des enfants) est de sa faute à elle. Ses imperfections physiques, ses défauts, (car elle n’est bien évidemment  pas parfaite) ses fragilités, son manque de confiance en elle deviennent le terreau de toutes les occasions pour qu’elle soit en disgrâce.

Alors qu’ailleurs, dans le cercle d’amis, en famille ou devant témoins, ce même bourreau sait se montrer sous son meilleur jour, attentif, serviable, souriant, plein d’humour. Il est en général aimé de tous et sa victime n’en devient que de moins en moins crédible lorsqu’elle tente de parler…

Il sait passer de l’ombre à la lumière sans changer de costume. Et il n’a que peu d’émotions. Et si i il en éprouve, elles ne concernent que lui-même.

J’avais écrit un texte il y a quelques mois, extrait de la onzième nouvelle d’un recueil sur le thème de l’illusion sur lequel je travaille encore et qui, sans doute, illustrera mieux que d’autre mots, ce que m’inspire ce sujet :

« Je suis assise au parc pendant que les enfants jouent.
Je ne parle à personne. Je n’en n’ai pas envie.
Dedans, je me sens seule. Sale.
Dedans, je me sens moche.

Devant, il y a un couple. Je les observe.
Elle est jolie. Elle est bien faite. Fine et légère. Je la sens douce.
Je le sens doux. L’homme près d’elle.
Il la regarde. Il a des gestes attentionnés. Je les devine. Je les envie. Je les ressens. La manière qu’ils ont de s’attarder sur l’autre, d’enlacer une épaule. De caresser la joue.
Leurs phrases, je ne les entends pas. Mais je vois les sourires. J’entends l’amour passer…
Ça se retient ces choses là.
C’est comme un air. Comme une chanson. Ça reste dans la tête.

La mienne, il me l’a dit, elle ne lui revient pas. L’homme. Le mien. Celui qui sait aiguiser ses mots sur la soie de mon cœur.

Souvent comme aujourd’hui, j’ai le corps qui pleure tous les coups du dedans. Ceux qu’il me porte à l’intérieur. Il cultive des champs de petites phrases assassines avec lesquelles il me tue en silence. Des bouquets quotidiens de reproches qu’il me jette au visage comme des poignées de terre froide. Elles me décomposent l’esprit lentement. A petites touches discrètes. Sans un bleu sur le corps.

Une part de moi a disparu au fil de ces années. La part d’insouciance et de rêve. La moitié colorée qui me rendait vivante. Qui me faisait vibrer. Il a creusé dedans avec intelligence, en prenant le temps de déguster la saveur de mon âme. Il porte le manteau de ma soif et de ma douleur comme un caméléon avide. Ailleurs il est tout autre. Coulant comme du miel doré. Attentif. Délicat. Osant le verbe doux. Il sait se fondre. Il sait savourer l’espace et se gorger d’ivresse. Pendant qu’il me dissout… »

Je tenais à écrire ce billet qui me tient à cœur depuis très longtemps.

Si je suis aujourd’hui une personne solitaire et discrète même au sein d’un foyer reconstruit, c’est que je me suis moi aussi trompée jadis de chemin…..

Mais j’ai fuis. J’ai pu retrouver ma liberté d’être. Et d’être…

Rester saine, autant que faire ce peu. Mais surtout, sauve……..

Unique...

 

« Il y a différents types d’amour. Le premier est égoïste, méchant, possessif, narcissique et n’est qu’un faire-valoir pour l’ego. C’est un amour laid et paralysant. L’autre est une libération de tout ce qu’il y a de bon en toi : gentillesse, considération et respect. Je ne parle pas seulement du respect social des bonnes manières mais du profond respect, c’est-à-dire la reconnaissance d’une personne en tant qu’être unique et précieux. Le premier type d’amour peut te rendre malade, petit et faible tandis que le second peut révéler ta force, ton courage, ta bonté et même une sagesse que tu ignorais posséder. »

John Steinbeck

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