Les carnets de Nat

Humeurs

Billet d’humeur : "La frugalité, salut de notre âme".

10 jan 2008

Extrait de « Courrier International » N° 896

En 2006, chaque citoyen britannique a produit 9,6 tonne de CO2, un chiffre qui devra être ramené à moins de trois tonnes d’ici à 2050. C’est le minimum non négociable sur lequel s’accordent la plupart des économistes et des spécialistes de l’environnement.
Ce qui fait débat est de savoir si cela signifie qu’il faudra consommer moins ou simplement consommer différemment ?
En d’autres termes, devrons nous renoncer à notre confort au nom du développement durable ou bien pourra-t’on continuer à vivre de la même façon, grâce à la magie de la technologie ?
La politique gouvernementale du gouvernement repose exclusivement sur le développement de technologies propres. Pourtant, ces dernières années, les progrès en matière d’efficacité énergétique n’ont fait qu’accroître les aspirations des consommateurs. L’innovation fait certes partie de la solution, mais elle n’est pas suffisante. On a raison de parler de « magie » de la technologie : le gouvernement se fonde sur une croyance irrationnelle.
Notre système politique repose sur la croissance économique telle qu’elle est mesurée par le produit intérieur brut qui ne dépend que de l’augmentation des dépenses de consommation. La croissance économique est nécessaire pour payer le service de la dette ainsi que l’Etat-providence. Si les gens arrêtaient de consommer, l’économie finirait par s’effondrer. La publicité et le marketing, deux secteurs prépondérants de notre économie ont pour unique objet de veiller à ce que nous continuions à consommer et que nos enfants suivent notre exemple.
Ce système économique avec son coût exorbitant pour l’environnement est pourtant profondément malade. Le graphique du psychologue Américain Tim Kasser en est la meilleure illustration. La courbe représentant le revenu par habitant est en constante augmentation sur les quarante dernières années ; tandis que celle illustrant le nombre de personnes se disant « très heureuses » reste stable sur toute la période. L’écart entre les deux courbes ne cesse de s’agrandir.
Le graphique de Kasser est à la fois source d’espoir et d’inquiétude. La bonne nouvelle est qu’un faible niveau de consommation n’est pas forcément synonyme de malheur. Mais d’un autre côté, il est partiellement inquiétant de voir que nous continuons à consommer alors que cela ne nous rend pas plus heureux. Selon Kasser, notre hyperconsommation est une réponse à l’insécurité, c’est un mécanisme d’adaptation destructeur.
Au cours des dernières décennies, les sources d’insécurité se sont multipliées. Outre les classiques manipulations des publicitaires, les économies de marché hautement compétitives génèrent de nouvelles sources d’anxiété allant des questions identitaires (Quelle est ma place dans cette société ?) aux interrogations fondamentales (Qui prendra soin de moi quand je serai vieux ?). Le lien entre matérialisme et insécurité permet d’expliquer pourquoi des pays aussi différents que les Etats-Unis et la Chine présentent un tel niveau de matérialisme. L’insécurité y est endémique
Le génie de ce système fondé sur l’insécurité est qu’il est auto-alimenté. Plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; et plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Kasser a démontré que les valeurs matérialistes (en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique) engendrent de l’angoisse, nous rendent plus sujets à la dépression et moins coopératifs. Des études ont montré que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’un épanouissement durable – construire des relations solides, s’accepter tel qu’on est , appartenir à une communauté -, mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforcent de les en détourner dans le seul but de les faire travailler plus et dépenser plus.
Changer l’ordre des choses ne sera pas une mince affaire, et la transition vers une économie de faible consommation devra se faire en douceur. Le problème est que ce bouleversement pourrait avoir des effets pervers -c’est la crainte de Kasser. Une réduction de la consommation pourrait se traduire par une instabilité économique et une insécurité accrues. Sans compter que le réchauffement climatique est lui aussi source d’anxiété. Le risque est de renforcer notre fièvre d’hyperconsommation.
Un scénario plus optimiste n’est pas exclu pour autant. Nos sociétés pourraient adopter un mode de consommation modéré, orienté vers la satisfaction des véritables besoins humains. La plupart d’entre nous reconnaissent confusément que d’énormes changements de mode de vie s’imposent mais nous attendons que quelqu’un d’autre fasse le premier pas. (…)

Auteur : Madeleine Bunting

The Guardian (extraits) Londres

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5 Commentaires

  1. L’homme est souvent ainsi fait : il a peur de faire le premier pas, les raisons ne sont pas évidentes à développer, ce serait trop long et j’en suis bien incapable. Ce qui, moi, me pose question, c’est le fait qu’on demande toujours à celui qui au bas de l’échelle de faire des efforts alors que ceux du haut ne font rien pour donner l’exemple ou mettre en place des mesures efficaces. Un exemple : le tri sélectif se développe un peu partout (chez nous il y a de nombreuses années qu’il est mis en place), monsieur untel se paie trois containers (sympa dans le petit jardin!!! on les voit sur toutes les photos) mais pas grave, ça fait travailler les constructeurs de cache-containers "en bois" (on va encore couper des arbres) ou en PVC (encore pire)) plus la poubelle verte à deux bacs sous l’évier (ça prend toute la place), plus les sacs qu’on remplit de bouteilles en plastique, plus les sacs qu’on remplit de journaux, plus les sacs qu’on remplit de bocaux de verre, plus les sacs qu’on remplit de boites de conserves…plus….plus…, qui prennent toute la place dans le garage (et la voiture on la met où ?) Ne serait-il pas plus simple, à un moment, d’arrêter cette débauche de contenant de toutes sortes, maculés d’encres de toutes sortes. Ne serait-il pas plus simple de revenir aux bouteilles en verre consignées ? (aller les jeter ou les ramener au super marché = aucune différence pour nous), ne serait-il pas plus simple de supprimer tous ces prospectus qui encombrent nos boites à lettres et poussent à la sur-consommation ? ne serait-il pas plus simple de créer des emplois dans les centres de tri ? seulement voilà, les intérêts des particuliers sont rarement les intérêts de ceux qui font la pluie et le beau temps. J’étais cadre et j’ai toujours pensé que je me devais de donner l’exemple à mes collaborateurs, comme les parents doivent donner l’exemple à leurs enfants et les profs à leurs élèves mais en très haut lieu qui donne l’exemple ????

  2. Nat

    Ton avis est très intéressant Nadine.

    Comme toi, soucieuse de l’environnement, j’entasse sur ma terrasse, les différentes « poubelles » destinées aux différents tris qui sont chez nous devenus des automatismes : cartons, plastique, journaux, boites de conserve, bouchons, piles et un composteur dans lequel je jette tous les déchets alimentaires… (Je me demande comment font les personnes qui vivent dans un petit deux pièces, pour tenter de discipliner un éventuel tri compte tenu de la place que cela requiert…)

    Comme toi ma boite aux lettres croule de prospectus en tout genre que je ne consulte pas et que je jette aussitôt…au tri sélectif…

    Comme toi, je constate que j’achète parfois des produits alimentaires dont l’emballage est imposant, et très polluant. D’où par exemple ma volonté de faire mes yaourts maison.

    Au-delà de ces exemples, j’ai trouvé cet article très intéressant et très bien écrit, car à en ces temps ou la mode est au slogan « travailler plus pour gagner plus », il permet de s’interroger sur la réalité de cette projection : « travailler plus pour « gagner plus », ou travailler plus pour être amené à « consommer plus » ?…..

    Pour ma part, je ne suis pas certaine que l’une ou l’autre de ces perspectives conduise au bonheur…

  3. Tu sais, je crois que nous avons la réponse puisqu’en ce moment, on nous dit qu’il faut gagner plus pour relancer la croissance !!!
    Ce serait une Lapalissade de dire qu’on a besoin d’argent pour vivre mais, le bonheur n’est pas toujours caché dans le porte monnaie, loin de là et heureusement, je suis complètement d’accord avec toi.
    Je pense aussi que plus on a de difficultés et plus on a besoin de compenser. Acheter plus que de raison donne l’impression, durant un laps de temps, que l’on a les moyens, comme une cigarette peut donner l’impression, pendant quelques minutes, de de-stresser. Quand on a compris que tout cela n’est qu’illusion on a fait un grand pas en avant et on vit plus sereinement et plus simplement.

  4. Nat

    Et oui…je suis effectivement bien d’accord…

  5. Merci d’avoir reproduit cet article, j’ai fait un lien vers ici de mon blog.

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