Histoire de maison

Rénovation… Introspection…Émotion…

21 juin 2017

Comme c’est long d’accepter certains chagrins.

C’est long comme une route sinueuse que l’on prendrait, sans savoir à quel moment une opportunité de tourner à gauche ou à droite ou la simple possibilité de faire demi tour pourrait se présenter.

C’est long et ça prend beaucoup de place.

Chacun avance comme il peut avec les douleurs qui écorchent le cœur, la chair ou la mémoire. Il y en a qui rangent tout le tralala dans une boite avec un couvercle bien serti, histoire que plus rien n’en sorte et ne fasse à nouveau mal. Et d’autres qui n’arrivent pas à refermer certaines boites parce qu’ils n’ont pas envie d’oublier ce qu’il y a dedans.

J’ai mes boites à couvercles. D’autres sans.

J’ai déserté ma cuisine depuis des mois. Mes livres aussi. Les participants à mes anciens ateliers le savent pourtant,  j’adorais mes livres…. Je me débarrasse de beaucoup d’entre eux aujourd’hui, presque sans regret.

Je me recentre autour de ma maison et de tout ce que je mets en œuvre pour mettre du sens dans ce que j’avais entrepris d’y investir, alors qu’au fil du temps, je perçois qu’une autre histoire que celle que j’avais imaginée s’y écrira désormais.

Je me recentre autour de ce qu’elle représente pour moi malgré tout et reste reliée à l’émotion que me procurent mes pas résonnant sur le pont vieux qui me sépare de ma ruelle.

Chaque fois, cette même émotion me rejoint, comme si je passais une porte douloureuse pour un havre de paix, une sorte de sas de décompression étrange qui suspend le cours de la vie durant quelques minutes. Le passage de ce pont, pour moi, c’est presque « la porte des étoiles » (si vous avez vu le « vieux »  film « Stargate » de Roland Emmerich, vous comprendrez sans doute ce dont je veux parler…)

Je franchis les quelques centaines de mètres qui me séparent de la maison et du jardin avec la sensation particulière d’aller vers mon refuge, de pouvoir y déposer tout ce qui est parfois lourd à porter, y confier mes états d’âmes sans jugement, et rééquilibrer aussi tout ce qui semble bancal.

Que cela tienne dans une maison et le lien étroit qui nous unit aujourd’hui peut sembler étrange, mais je l’accepte avec bienveillance.

 

Chacune des étapes des travaux réalisés depuis un an m’ont amenée à des phases d’introspection particulières : gratter les murs pour retrouver les pierres cachées dessous, mettre à jour d’anciennes poutres dissimulées sous des lambris passés, déterrer de vieilles tomettes et des morceaux de carreaux pour réaliser une terrasse en mosaïque, chacun de ces moments de concentration et de travail m’a mise puissamment à l’écoute de mes ressentis et de mes émotions.

Cette forme d’état particulier, sans aucun doute à fleur de peau, m’a véritablement appris à me respecter de plus en plus dans mes fragilités qui font aujourd’hui finalement toute mon humanité. Sans émotions, même douloureuses, plus de lien aux autres. Sans lien aux autres, plus de sensations. Sans sensation, plus de vie. Sans vie, plus d’émotions. Et la boucle est bouclée…

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que la fragilité et les émotions pouvaient être justement une grande force, qu’en elles, on puise une profondeur de souffle aux saveurs sucrées ou amères permettant de prendre conscience de ses manques et de ses besoins mais surtout de ses valeurs, de ses attentes, de ses espérances, en restant ainsi attaché au regard et au cœur des autres, à ce qui nourrit l’échange, les sourires autant que les larmes en libérant d’un carcan de vide et d’une forme absurde de solitude intérieure. Et pas seulement…

Savoir écouter toutes ces (ses) résonances, c’est aussi sacrément grandir. Savoir se respecter et respecter les autres. Savoir confier mais également écouter. Savoir se remettre en cause.  Garder une part d’humilité et de modestie en toute chose. Se distancer de l’absolu. Ne pas se supposer supérieur, plus fort ou plus faible. Être soi, simplement.

Par ces temps houleux où, comme je le disais en début de billet, certains chagrins restent ancrés en mon âme, je me réconcilie au fil du temps avec ces ancrages qui feront toujours partie de moi, mais aussi et surtout, avec la personne que je suis.

Ne pas chercher à ÊTRE quelqu’un d’autre que soi, malgré tout ce qui peut encombrer en terme de vécu et d’émotions diverses, c’est le chemin que j’ai choisi. Et celui qui me ressemble.

(Et pour les autres catégories des carnets, vous pouvez consulter la bannière défilante ou le menu en haut de page)

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6 Commentaires

  • Répondre Cathy 21 juin 2017 à 17 h 38 min

    Je vous sens sereine. Je vous admire et pense,mais cela ne tient qu’à moi, que vous êtes sur le bon chemin.
    Merci pour ce Beau billet!
    Cathy

    • Répondre nat 21 juin 2017 à 18 h 11 min

      Je suis sur un chemin en tout cas Cathy. Lequel je ne sais pas encore, mais en tout cas, j’avance. L’essentiel est sans doute là !
      Merci pour vos fidèles messages, ils me touchent beaucoup.

  • Répondre Cathy 9 juillet 2017 à 17 h 51 min

    Bonjour, c’est avec un pincement au coeur que je lis votre dernier billet .

    Je suivais une autre personne dans un autre domaine et elle aussi à cessé de publier.

    Bon vent à vous. Et surtout prenez soin de vous. Carpe diem.

    Cathy

    • Répondre nat 9 juillet 2017 à 19 h 38 min

      Merci Cathy.

  • Répondre Ceffis 10 juillet 2017 à 6 h 49 min

    La conscience éveillée , de soi,des autres ,du monde …longue et bonne route Nathalie , une part de moi guettera encore vos billets …..amitiés

    • Répondre nat 10 juillet 2017 à 9 h 58 min

      A bientôt Martine et merci.

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