Histoire de maison

Puiser ses forces en 1828…

28 février 2017

Il y a quelques mois, je ne savais pas que j’apprendrais, au fil  des expériences,  des conseils et des jours, à rénover une maison, certes habitable, mais en bien triste état…

Je ne savais pas que j’oserais me lancer dans de gros travaux, très physiques pour certains, que je parviendrais à les mettre en œuvre, à y investir une énergie folle… et à y puiser une force réparatrice en retour…

Ces derniers mois, le jeudi soir ou le vendredi selon le temps et l’humeur du moment, je pars pour rejoindre ma maison, son ambiance et sa lumière et je me laisse porter par la route déjà si belle pour m’y rendre. Le Pic Saint Loup n’est pas loin, le joli village de Corconne non plus…

A l’aller comme au retour, les couchers de soleil sont sublimes et même les jours de pluie, il y a toujours une éclaircie à un moment pour me rappeler que je suis sur le bon chemin, que l’apaisement n’est pas loin et que la lumière porte en elle des couleurs qui réchauffent l’âme et le cœur…

Et puis une fois sur place, en traversant le pont vieux qui enjambe la rivière, je suis chaque fois saisie par l’émotion que dégage ces lieux, une sorte d’ambiance d’un autre temps,  un passé chargé de toutes sortes d’allées et venues, de vies, de mémoire et d’histoire.

Les petits matins, à l’aube, la lumière qui filtre à travers les rideaux de mes fenêtres sans volets me pousse à sortir du lit presque sur la pointe des pieds… comme pour respecter cet instant chaque jour différent. Le lever de soleil sur le Vidourle depuis la fenêtre de ma chambre, je ne le manquerais pour rien au monde…

Les journées et les semaines filent parce que je les remplis du petit matin jusque tard le soir…

Je les remplis sans leur laisser un instant de répit, du travail au bureau la journée jusqu’au pain au levain le soir, en passant par les pauses déjeuners que je décline en lectures, en créations ou en recherches diverses, les soirées qui en ce moment me mènent au cartonnage (création de boites de format divers qui me permettent de recycler les cartons d’emballage informatique du bureau…) les débuts de nuit ou Deezer m’emmène à la découverte d’artistes ou de morceaux de musique que j’écoute les yeux fermés, écouteurs rivés aux oreilles et les petits matins ou je cherche l’inspiration pour réveiller différemment de la veille ma petite dernière, afin qu’elle parte au collège le sourire aux lèvres.

Je les remplis intensément, jusqu’à l’overdose parfois, parce que c’est comme ça…

J’ai fini par accepter que l’hyper activité faisait partie de ma vie et qu’elle m’est salvatrice. Donc, le week-end, après ma semaine de travail, je rénove, guidée par les conseils de mon grand frère Jean-Michel…

Je plonge à corps perdu dans la poussière, le plâtre, le ciment, et la pierre, un perforateur à bout de bras, murmurant des mots tendres à mon dos pour qu’il tienne le coup le plus longtemps possible, choisissant l’endroit où je vais attaquer les couches d’une apparente et banale modernité pour aller chercher l’histoire qui se cache en dessous, l’odeur de la terre et de la pierre, ce parfum de cave voutée ancienne, de sous-bois, ce sentiment de vie empli de caractère, les fondations, l’ossature, le socle fort et massif de cette maison que j’ai la chance aujourd’hui d’habiter.

L’idée n’est pas de retrouver la pierre partout, mais de jouer avec les contrastes et les styles, rendre à cette maison une part de sa « noblesse » d’autrefois, rendre hommage à ceux qui, à la force de leur bras, ont bâti ces murs, construit cette maison qui a vu deux siècles de familles et d’histoires se succéder.

1828. L’année de construction de cette « grande dame ». Accueillante et bienveillante. Emplie d’une atmosphère paisible et rassurante, calme et tranquille.

Lorsque à l’aide du burineur le plâtre et la peinture moisie par endroit dégringolent, accrochés à une épaisse couche de ciment, de morceaux de tuiles et de briques,  la seconde peau apparait, à la fois lisse et rugueuse, les pierres se dévoilent, les unes après les autres, enveloppées par le liant d’autrefois, sableux et tendre parce qu’il savait laisser les murs respirer.

Les cheveux, les sourcils et les cils blancs de poussière, (je me fais parfois peur en me regardant dans la glace à la fin de la journée), je m’attaque alors aux joints en douceur, creusant un peu, sans trop, suivant le contour de la pierre pour libérer l’espace que mon enduit à la chaux viendra combler.

Il y quelques mois, je ne savais pas que j’apprendrais… J’apprends chaque jour…

…et je me sens aussi puiser les forces qui me manquent encore au cœur même de ces murs, entre ces pierres choisies et si bien rangées, pourtant faites d’arêtes et de courbes, d’angles droits et d’arrondis, longues et plates pour certaines,  rondes et lisses pour d’autres, irrégulières, imparfaites et qui s’imbriquent pourtant pour parvenir à un équilibre serein et solide.

La confiance. C’est sans doute cela que ces murs me transmettent. Sans doute cela que nous échangeons.

Comme un murmure, comme un secret que l’on confie, une forme de dialogue silencieux.

Nous nous réparons ensemble.

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4 Commentaires

  • Répondre Cathy 2 mars 2017 à 16 h 04 min

    Quelle énergie ! !

    Prenez soin de vous.

    • Répondre nat 2 mars 2017 à 16 h 26 min

      C’est compliqué Cathy, quand on a l’habitude de prendre soin des autres… Mais Merci pour vos mots…

  • Répondre Cathy 3 mars 2017 à 10 h 44 min

    Oui , je le sais parfaitement bien je pense, car il y a quelques mois ,je suis tombée malade, et beaucoup d’amis me disaient : « Et bien maintenant , il faut que tu prennes soin de toi. »

    Je ne savais même pas ce que cela voulait dire!!!!

    Je commence juste maintenant à comprendre le concept!!

    Cathy

    • Répondre nat 3 mars 2017 à 22 h 38 min

      Vous avez totalement raison Cathy ! C’est moi qui ne sais pas être (ou devenir) raisonnable ! 😉

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